Déferlement
Lorsque je me lance dans l’écriture de ce manuscrit, mon intention est de rendre compte des terribles inondations de juillet 2021 qui ont dévasté l’Est de la Belgique.
Une année et demi s’est écoulée depuis ce terrible drame qui a bouleversé le cours de ma vie. Pourtant, un voile trouble déjà mes souvenirs. Et à mesure que je progresse dans la narration, son opacité altère ma perception, puis dénature mon propos.
Confuse, je m’interroge sur mon incapacité à relater mon propre sinistre. J’éprouve le sentiment étrange qu’un million d’années me séparent du cataclysme. Sa déflagration semble s’être produite dans la vie de quelqu’un d’autre, une chimère ou un avatar.
Les blessures s’éparpilleraient-elles aux quatre vents en vue de favoriser la résilience ?
En Europe, cette catastrophe naturelle attribuée au réchauffement climatique est l’une des plus effroyables de ce début du vingt et unième siècle. Le bilan est glacial : 279 morts et 670 personnes portées disparues.
A l’Est de la Belgique, les chiffres donnent le vertige :
209 communes impactées
39 personnes décédées
100 000 sinistrés
9670 hectares sous eau
48 000 bâtiments inondés
11 000 Voitures endommagées
Des centaines d’ouvrages d’art détruits
Un coût de 2,8 milliards d’euros en Région Wallonne (sur une dépense de plus de 50 milliards d’euros sur toute l’Europe)
Des semaines d’investigations et la relecture de kilomètres de conversations numériques me permettront de remonter le fil des évènements. Ces explorations minutieuses du passé fixeront une journée à la fois banale et chaotique comme porte d’entrée dans ce récit. Car une voix singulière s’en détache.
Ses interventions loufoques, absurdes et disparates au moment des faits m’affranchiront des mois plus tard de mes angoisses d’écrivaillon. Elles produiront l’étincelle à l’origine de ce texte et m’épauleront jusqu’à son point final. Je lui dédie donc ce témoignage et vous invite à remonter le cours du temps avec moi afin de faire sa connaissance.
Nous sommes le mercredi 30 juin 2021.
Quinze jours avant la catastrophe.
Il est environ trois heures du matin.